Au Cameroun, la violence conjugale reste souvent enfermée dans le silence : peur des représailles, dépendance économique, normes sociales qui blâment la victime, et sentiment d’abandon face aux institutions. Dans ce contexte, certaines femmes n’ont plus d’autre choix que de quitter leur foyer et parfois leur pays.
C’est dans cette réalité que s’inscrit le témoignage de Jocelyne Charlène Mendouga Efama, née le 4 avril 1996 au Cameroun. Conjointe de fait de Loïc Bernard Mboutou depuis 2017, Jocelyne raconte une dégradation progressive de sa relation, marquée par des violences physiques, verbales et morales, et par des menaces de mort.
Une rupture progressive : « Tout a changé après la naissance de notre enfant »
Jocelyne décrit qu’au début de sa relation, « tout se passait bien ». La dynamique bascule selon elle, après la naissance de leur enfant, James Phanuel Nolan Ondoua Mboutou. À partir de là, elle dit ne plus parvenir à communiquer sereinement avec son partenaire, qui devient agressif.
Dans son récit, la violence prend d’abord une forme quotidienne : agressivité dans la manière de s’exprimer, demande d’exécution de tâches plutôt que de dialogue, rejet physique et éloignement « sentimentalement aussi ». Elle affirme que la relation intime devient impossible, car son conjoint la repousse, pendant qu’elle tente de maintenir le foyer.
À mesure que son partenaire devient, selon elle, plus distant, Jocelyne dit aussi qu’elle n’arrive plus à obtenir de considération de sa part, et que la cohabitation devient un espace de tensions permanentes.
Quand la violence devient répétitive
Le témoignage fait ensuite état de violences répétées. Jocelyne affirme que son conjoint « levait la main » sur elle quand les choses ne se déroulaient pas selon ses attentes. Elle rapporte aussi des épisodes où il rentrerait tard, parfois ivre, et où il passerait du temps dans les bars et, d’après elle, avec d’autres femmes.
Plus Jocelyne raconte que les jours passent, plus la situation se serait aggravée : elle dit être devenue la cible d’agressions physiques, de propos humiliants et de menaces. Selon son récit, la peur s’installe progressivement, au point qu’elle redoute de se coucher le soir.
La famille, un soutien refusé : « supportable, disent-ils »
Dans une étape clé, Jocelyne explique qu’elle décide d’aller voir sa famille pour demander de l’aide : obtenir l’accord de quitter la maison et revenir chez les proches. Mais elle dit avoir été confrontée à une logique sociale et traditionnelle : selon son récit, « une femme ne peut pas quitter son foyer comme ça » au Cameroun, tant que la séparation n’est pas demandée « dans les normes ».
Cette réponse, dit-elle, l’a brisée. Elle décrit un enfermement moral : un traitement jugé « supportable », alors même qu’elle affirmait vivre un enfer au quotidien. Elle dit pleurer, souffrir physiquement et émotionnellement, parfois même devant son enfant et craindre surtout que son fils grandisse dans un climat violent.
L’épisode du 20 octobre 2023 : le passage à l’irréversible
Jocelyne situe un point de bascule le 20 octobre 2023. Elle raconte qu’au cours de la nuit, son conjoint rentre très tard. Elle dit avoir été réveillée pour servir le repas. Après le repas, elle affirme avoir tenté une discussion pour demander un changement.
Selon son récit, l’échange aurait dégénéré : violences verbales, puis passage à la violence physique. Elle dit que son conjoint lui aurait porté un coup de poing au visage et l’aurait blessée avec un téléphone qu’il tenait en main. Elle explique s’être protégée et avoir crié pour qu’il s’arrête, tandis que leur fils se réveillait et se rendait vers eux.
Elle rapporte que son conjoint aurait refusé qu’elle rassure l’enfant, avant de le renvoyer au lit. Jocelyne décrit ce moment comme particulièrement traumatisant, car l’enfant aurait assisté ou été exposé à un environnement violent.
Une plainte qui n’a pas prospéré
Dans son témoignage, Jocelyne dit s’être allée à la police judiciaire pour porter plainte, car elle craignait pour sa vie. Elle explique que, selon elle, malgré le fait que son bourreau auteur des violences ait des « connaissances » dans les forces de l’ordre, ce qui, pensait-t-elle, elle s’y est effectivement rendue le 22 octobre 2023 et y a déposé une plainte en bonne et due forme. Et comme cela était prévisible, la plainte n’a pas prospéré, parce qu’étouffée par son bourreau.
Et selon elle, ce n’était qu’une suite logique, étant donné la suite réservée, très souvent, au traitement de ce type de dossiers : « problèmes familiaux », et injonctions sociales où « une femme doit obéir à son conjoint ». Cette perception, selon elle, la prive d’un recours effectif et de garanties de protection.
Du départ au Canada à des menaces : « me faire du mal ou me tuer »
Dans les cordes de Jocelyne, l’envie pressant de quitter le Cameroun pour le Canada. Selon ses dires, elle compte obtenir un visa d’étude, pour se rendre dans son pays de rêve, le Canada, qui pour elle, est un pays où les droits de l’homme sont respectés.
Malgré ces intentions de partir, le danger plane toujours dans la vie de Jocelyne. Tout simplement parce que son conjoint promet de le poursuivre où qu’elle ira. Pour cela, elle affirme ne plus pouvoir retourner au Cameroun au cas où son projet se réaliserait, car sa vie serait, selon elle, en danger. Elle projette à ce sujet demander l’asile et fuir ainsi son pays d’origine pour survivre.
Pour elle, la démarche au Canada s’inscrit dans une recherche de sécurité et de protection de ses droits fondamentaux. Elle souhaite aussi pouvoir offrir à son enfant « la vie qu’il mérite ».
Violence faite aux femmes : un phénomène structurel, pas un cas isolé au Cameroun
Ce témoignage met en lumière un mécanisme répété : la violence conjugale, souvent normalisée, s’accompagne d’une faible protection des victimes. Quand les familles considèrent la séparation comme « anormale », et quand les institutions sont perçues comme incapables d’assurer la sécurité, la victime se retrouve isolée. Dans ce contexte, la fuite devient parfois la seule option – mais elle expose aussi à des conséquences : représailles, menaces, pression sociale et peur du retour. L’histoire de Jocelyne Charlène Mendouga Efama illustre la réalité de nombreuses femmes au Cameroun : la violence conjugale ne se limite pas à l’instant du choc, elle façonne toute une vie – jusqu’à menacer l’existence. Ses intentions de protection visent à rompre ce cycle de violences et à garantir, enfin, un avenir sûr pour elle et son enfant.
Fabrice ASSOUM

