Il y a des hommes dont le départ laisse un vide immense, parce qu’ils avaient fait de leur existence un espace de partage, de fraternité et de joie de vivre. Steve SEKE, affectueusement appelé « Mola », était de cette trempe. Quelques semaines après son départ, et au moments où il entame son dernier virage ce jour à travers cette veillée sans corps que les hommes et femmes de médias du 4ème POUVOIR lui offrent, les souvenirs continuent d’affluer, comme pour rappeler que certaines rencontres marquent une vie à jamais.
Steve aimait les gens. Steve aimait rire. Steve aimait la vie. Et, paradoxalement, il est parti en vivant, fidèle à cette philosophie qui consistait à profiter pleinement de chaque instant.
Notre histoire commence en 2008, à Douala. À cette époque, je faisais mes premiers pas dans la capitale économique en qualité de jeune Directeur de publication de Panel du Sud, devenu aujourd’hui Panels Hebdo. Dans cette ville immense où il n’était pas toujours facile de trouver ses repères, Steve SEKE est apparu comme un véritable grand frère.
Sans calcul, il m’a pris par la main. Il m’a fait découvrir Douala autrement : ses bonnes adresses, ses quartiers emblématiques, ses lieux de détente, mais surtout son âme. De la rue Mermoz à Youpwè, en passant par les snacks-bars les plus prisés de la ville, chacun de mes séjours devenait une nouvelle occasion de partager des moments de convivialité avec lui.
Mais Steve ne se contentait pas de faire découvrir une ville. Il transmettait aussi une manière de vivre. À son contact, mon langage lui-même s’est enrichi de ses expressions devenues cultes. « Mola », « gagnons en temps », « j’ai mal soif », … Ces formules, prononcées avec son humour légendaire, faisaient partie de sa signature. Elles arrachaient toujours un sourire et rendaient chaque conversation unique.
Lorsqu’il s’est installé presque définitivement à Yaoundé, celui qui aimait se présenter, non sans une pointe d’humour, comme « l’Observateur international », n’a rien perdu de ce qui faisait sa personnalité. Malgré le changement de ville, il est resté le même homme : accessible, généreux, respectueux et profondément attaché aux siens.
Entre nous, la relation n’a jamais changé. Il continuait à me traiter avec toute l’affection qu’un grand frère réserve à son cadet. Et lorsque, parfois, nos échanges devenaient un peu plus vifs, il trouvait toujours la formule qui remettait chacun à sa place : « Je suis ton aîné. » Cette simple phrase suffisait à désamorcer toute tension. Elle rappelait avec élégance que le respect devait toujours l’emporter.
Nos chemins se sont également croisés au sein de Solidarité Sans Frontières, où nous avons partagé plus de trois années de collaboration intense. Des années ponctuées de rires, de plaisanteries interminables et de cette bonne humeur qui semblait ne jamais quitter Steve.
« Le Fracasseur », comme il se faisait appelé, avait cette qualité rare de donner sans compter. Il partageait le peu qu’il possédait avec une simplicité désarmante. Un conseil, une adresse utile, un contact de son impressionnant carnet, un service rendu ou simplement une présence rassurante : Steve trouvait toujours une manière d’être utile aux autres.
Oui, Steve SEKE était un véritable Mola. Un grand frère dans toute la noblesse du terme. Humble, disponible, généreux, profondément humain. Il savait transformer les moments les plus ordinaires en souvenirs inoubliables, simplement par sa présence et son sens exceptionnel des relations humaines.
L’homme de la « plaque 33 », si fier de ses origines de Mabupi, sur l’axe Douala–Yaoundé, s’en est allé. Son rire s’est tu. Ses expressions continueront pourtant de résonner dans la mémoire de tous ceux qui ont eu le privilège de croiser son chemin.
Pour ma part, je garderai de lui l’image d’un homme profondément bon. D’un aîné qui a su accompagner mes premiers pas, m’ouvrir des portes, me faire découvrir bien plus qu’une ville : une manière de regarder la vie avec simplicité, optimisme et générosité.
Les hommes meurent. Les souvenirs, eux, refusent parfois de disparaître. Et Steve SEKE restera de ceux que l’on n’oublie jamais.
Adieu, Mola.
Merci pour les conseils, les éclats de rire, les mots qui réconfortaient, les leçons de vie et cette fraternité sincère que tu savais offrir avec tant de naturel. Tu as quitté ce monde, mais tu demeureras vivant dans nos mémoires, et à jamais dans mon cœur.
Fabrice ASSOUM

