À l’occasion de la Journée mondiale du braille, la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) alerte sur la faible inclusion des personnes vivant avec un handicap dans la fonction publique et appelle à des réformes structurelles pour une autonomie réelle.
Sur environ 360 000 agents de l’État en 2025, seuls 5,8 % sont des personnes vivant avec un handicap. Le chiffre claque comme un avertissement et suffit à mesurer l’ampleur du chemin restant à parcourir. À l’occasion de la Journée mondiale du braille, célébrée le 4 janvier 2026 sous le thème « Plus de braille, plus d’autonomie », la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) a livré une déclaration sans détour, mettant en lumière une exclusion encore trop souvent invisible.
Pour la Commission, ces chiffres traduisent des obstacles persistants : difficultés d’accessibilité, insuffisance de la formation, manque de qualification reconnue et accès limité à l’emploi formel. Autant de freins qui entravent l’autonomie économique et sociale des personnes aveugles ou malvoyantes, pourtant garanties par les textes nationaux et internationaux ratifiés par le Cameroun.

La CDHC se dit également profondément préoccupée par la formation insuffisante des personnels des services sociaux et d’état civil. L’accueil inadapté des personnes aveugles ou malvoyantes constitue, selon elle, un obstacle majeur à la réalisation de leurs droits fondamentaux, notamment le droit à l’identité, qualifié de « droit-racine » sans lequel l’accès aux autres droits reste illusoire.
La déclaration, signé rappelle par ailleurs que, sur les 220 recommandations acceptées par l’État camerounais lors de l’adoption du rapport de son passage au 4ᵉ cycle de l’Examen périodique universel (EPU) le 26 mars 2024, cinq sont directement en lien avec la thématique de la Journée mondiale du braille 2026. Ces recommandations ont été ventilées par la Commission vers les structures étatiques concernées, les institutions spécialisées et les organisations de la société civile, chacune étant appelée à jouer son rôle.
Fidèle à sa position, la Commission réitère ses recommandations adressées au ministère des Affaires sociales (MINAS). Elle plaide pour la mise en place de nouveaux programmes d’insertion sociale et professionnelle, notamment dans les secteurs de l’artisanat, de la culture et du commerce, ainsi qu’un renforcement du soutien financier aux familles d’enfants aveugles ou malvoyants, à travers des bourses d’études et l’accès à des équipements spécialisés.
Mais l’appel le plus fort vise la haute administration. La CDHC recommande aux Services du Premier ministre, au ministre de la Fonction publique et au ministre des Domaines l’adoption d’une politique nationale de recrutement inclusif. Celle-ci devrait prévoir un quota légal et progressif aligné sur le poids démographique des personnes handicapées, l’adaptation des concours et des bâtiments publics, ainsi que des programmes de formation et d’accompagnement ciblés.
En filigrane, la Commission rappelle une évidence : sans braille, sans accessibilité et sans volonté politique forte, l’autonomie restera un slogan. Et les chiffres, eux, continueront de parler.
Julien Efila

