Le Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) hausse une nouvelle fois le ton dans un contexte où sa séparation avec Nourane Foster vient de franchir un nouveau cap. Ce 5 octobre 2026, la formation dirigée par Cabral Libii a publié une « mise en garde » dénonçant des « menaces, intimidations et ostracismes » qui viseraient certains de ses militants en raison de leur soutien au PCRN et de leur refus de rallier Maurice Kamto. Le parti affirme notamment que des militants originaires de l’Ouest se verraient reprocher, « en tant que Bamileké, de soutenir un Bassa », en référence à Cabral Libii. Le PCRN y voit une « dérive inadmissible » et annonce la saisine des instances compétentes ainsi que de la Commission des droits de l’Homme du Cameroun. Ces accusations ne désignent toutefois pas nommément leurs auteurs et restent à établir. Mais cette sortie intervient quelques jours seulement après une rupture politique majeure : le 26 septembre, Nourane Foster a officiellement quitté le PCRN et annoncé son adhésion au Pacte social pour la gouvernance.
Dans sa lettre de démission, elle évoquait « une longue réflexion », « de profondes divergences idéologiques » et une succession d’événements ayant progressivement « érodé » la confiance qu’elle plaçait en Cabral Libii et dans le parti. Cette rupture prend d’autant plus de relief lorsqu’on remonte à l’histoire de leur compagnonnage. Nourane Foster avait rejoint l’aventure politique de Cabral Libii avant les législatives de 2020 et s’était imposée comme l’un des visages les plus visibles du PCRN dans le Littoral. Le 9 février 2020, elle remportait l’un des quatre sièges du Wouri-Est avec 34 % des suffrages, permettant au PCRN de décrocher son premier siège dans cette circonscription, derrière le RDPC mais devant le SDF. Quelques mois plus tard, la confiance semblait totale : le 1er septembre 2020, Cabral Libii nommait son époux, Firmin Fotsing, à la tête de la structure régionale du PCRN à l’Ouest. Nourane Foster saluait alors publiquement cette décision et écrivait à propos de Cabral Libii qu’il « dirigera ce pays avec les jeunes compétents ». À cette époque, les rumeurs d’une rivalité entre les deux personnalités étaient même publiquement minimisées. En avril 2020, Cabral Libii jugeait ainsi « maladroit et un peu exagéré » de parler d’une quelconque « conflictualité » avec la jeune députée. Six ans plus tard, le contraste est saisissant.
Le 26 septembre 2026, Nourane Foster a quitté le parti avec effet immédiat, après avoir publiquement dénoncé des divergences idéologiques et des attaques qu’elle estime liées notamment à ses origines. Le PCRN a, de son côté, pris acte de son départ et lui a souhaité « bon vent ». La séquence actuelle dépasse donc largement le simple départ d’une députée. Elle intervient après plusieurs années de tensions autour du contrôle politique du PCRN, formation dont la présidence de Cabral Libii a elle-même été contestée par Robert Kona, avant que plusieurs décisions judiciaires ne viennent conforter la direction de Libii en 2024. Désormais, Nourane Foster poursuit son parcours sous une autre bannière tandis que le PCRN tente de préserver son implantation et sa ligne politique dans une opposition camerounaise en pleine recomposition. La mise en garde du 5 octobre ajoute une nouvelle dimension à cette bataille : celle de l’identité, de la liberté de choix politique et du risque d’instrumentalisation des appartenances communautaires. Le PCRN martèle : « Oui à la détente politique. Oui à l’apaisement. Mais non à l’ostracisme des droits et libertés fondamentales », avant d’asséner que « la liberté politique n’est pas négociable ». Entre Cabral Libii et Nourane Foster, il n’y a donc plus seulement une divergence politique : les trajectoires sont désormais séparées.
Georges Parfait Owoundi

