Le processus de réhabilitation et de modernisation de la Société nationale de raffinage (SONARA) franchit une étape décisive. Au terme de deux journées d’intenses concertations tenues les 29 et 30 juin 2026 à l’hôtel Hilton de Yaoundé, le Market Sounding international a livré une série d’enseignements et de recommandations destinés à renforcer la viabilité, la bancabilité et l’attractivité de ce projet stratégique. La synthèse des travaux, présentée par Martial Valery Zang, coordonnateur de la Commission multisectorielle d’accompagnement à la conclusion, à la mise en œuvre et au suivi du contrat de partenariat public-privé de la SONARA, dresse le bilan d’un exercice largement salué par les participants.
Placée sous l’autorité de la plateforme stratégique interministérielle, cette consultation du marché avait pour objectif de confronter le schéma élaboré par le gouvernement aux attentes des investisseurs, des institutions financières, des industriels et des opérateurs spécialisés avant le lancement de l’Appel public à manifestation d’intérêt (APMI). Pour Martial Valery Zang, ancien président de la Commission technique de réhabilitation des entreprises du secteur public et parapublic, cette démarche a pleinement atteint son objectif en permettant d’identifier les ajustements nécessaires à la réussite du projet.

Premier constat : l’intérêt du marché est réel. Pas moins de 167 participants représentant toute la chaîne de valeur des infrastructures énergétiques ont pris part aux travaux. Entreprises d’ingénierie, banques, institutions financières de développement, traders pétroliers, cabinets juridiques et investisseurs ont unanimement reconnu le caractère stratégique de la SONARA pour la sécurité énergétique du Cameroun et l’approvisionnement de l’Afrique centrale.
Les échanges ont également permis de lever plusieurs préoccupations relatives au potentiel économique du projet. Les participants ont notamment relevé que la garantie de marché porte sur 80 % de la demande nationale actuelle, estimée à 2,1 millions de tonnes de produits pétroliers par an, laissant entrevoir d’importantes perspectives d’exportation grâce à une capacité future de raffinage de 3,5 millions de tonnes. Un positionnement appelé à faire de la SONARA un véritable hub régional.
Les travaux coordonnés par Martial Valery Zang ont surtout permis d’identifier plusieurs axes d’amélioration destinés à renforcer la bancabilité du projet. Les établissements financiers ont recommandé de revoir le séquencement de la structuration financière en procédant d’abord à une allocation claire des risques avant de définir les modalités de financement. Ils ont également préconisé l’introduction d’une période de grâce pendant la phase de construction ainsi que l’allongement du délai de bouclage financier, estimant qu’un horizon compris entre douze et vingt-quatre mois correspond davantage aux standards internationaux.
Autre enseignement majeur : le dispositif de garanties devra être consolidé. Si les mécanismes proposés par l’État ont été favorablement accueillis, plusieurs intervenants ont suggéré de renforcer leur assise juridique, de mieux sécuriser les revenus du projet, de prévoir une couverture adaptée contre le risque de change et de constituer un fonds dédié à la maintenance afin de rassurer durablement les prêteurs internationaux.
Sur le plan technique, les opérateurs spécialisés ont insisté sur la nécessité de procéder à une expertise indépendante des installations avant tout engagement définitif. Ils recommandent notamment de distinguer les équipements détruits par le sinistre de 2019, ceux pouvant être réhabilités et les unités en construction. Certains experts ont même invité le gouvernement à maintenir ouverte l’hypothèse d’un scénario greenfield jusqu’à la finalisation des études techniques.
Les ateliers ont également enrichi la réflexion sur la gouvernance du futur partenariat public-privé. Les participants préconisent une meilleure clarification de la répartition des responsabilités entre la SONARA et le partenaire privé, une gouvernance plus lisible de la société de projet, une participation minoritaire de l’État au capital afin d’assurer un meilleur alignement des intérêts, ainsi que l’introduction d’une clause d’arbitrage international destinée à renforcer la confiance des investisseurs.
Le contenu local et le transfert de technologie figurent aussi parmi les priorités retenues. Les participants ont plaidé pour une formalisation plus ambitieuse des engagements en matière de formation des ressources humaines, de renouvellement des compétences au sein de la SONARA et d’implication des entreprises camerounaises tout au long du projet.
À l’issue de cette consultation internationale, quatre grandes résolutions se dégagent : renforcer le dispositif juridique des garanties, ajuster le calendrier du bouclage financier, clarifier définitivement le schéma institutionnel de la société de projet et revoir le séquencement de la structuration financière conformément aux meilleures pratiques internationales. À ces priorités s’ajoutent plusieurs recommandations portant sur la couverture des risques, l’amélioration de la matrice des risques, la poursuite des investigations techniques et une meilleure valorisation des atouts économiques de la SONARA.
Pour Martial Valery Zang, ces conclusions constituent désormais une feuille de route solide pour la phase suivante du projet. L’ensemble des observations sera soumis à la plateforme stratégique interministérielle avant leur intégration dans les documents définitifs de structuration qui précéderont le lancement de l’Appel public à manifestation d’intérêt.
Au terme de ce Market Sounding, une conviction s’impose : au-delà de l’intérêt confirmé des investisseurs, le Cameroun dispose désormais d’une base technique, financière et institutionnelle renforcée pour conduire la renaissance de la SONARA. Les recommandations issues de cette vaste consultation internationale offrent au gouvernement les leviers nécessaires pour bâtir un partenariat public-privé plus robuste et faire de la future raffinerie un instrument majeur de souveraineté énergétique et d’intégration régionale.
Fabrice ASSOUM

